Alienum phaedrum torquatos nec eu, vis detraxit periculis ex, nihil expetendis in mei. Mei an pericula euripidis, hinc partem.

Que valent les démocraties en Afrique subsaharienne francophone en 2022 ?

S’il est admis que le pluralisme politique constitue l’un des principes de base de la démocratie, les africains n’ont pas attendu le discours de La Baule en 1990 pour organiser la vie politique autour des principes d’égalité des chances et de liberté de choix pour tous les citoyens. Seulement, dans la foulée des régimes dictatoriaux européens du 20e siècle, accentuée par la volonté de préservation des intérêts capitalistes occidentaux dans un contexte de guerre froide au sortir de la seconde guerre mondiale, il était urgent de museler toutes les voix dissidentes de la pensée unique occidentale. C’est ainsi que les véritables indépendantismes africains ont été assassinés ou écartés de la sphère politique pour octroyer des indépendances de façade et imposer des hommes-liges à la tête des Etats africains qui ne feraient que perpétuer le système de prédation coloniale. Les indépendances des années 1960 célébrées en grandes pompes n’étaient alors qu’une grotesque mascarade qui venait ouvrir l’ère des régimes dictatoriaux en Afrique qui s’inspiraient de leurs maîtres en la matière tels que Franco en Espagne, Mussolini en Italie ou Hitler en Allemagne. La chute du mur de Berlin marquant la fin officielle de la guerre froide entre le bloc occidental capitaliste dirigé par les Etats-Unis d’une part et le bloc de l’Est organisé autour de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques d’autre part, allait consacrer un monde unipolaire. Face à cette nouvelle réalité géopolitique, les cartes du monde allaient être rebattues à la faveur des vainqueurs. L’Afrique qui, depuis la conférence de Berlin, avait été confinée à un statut de suiveur et de pourvoyeur de matières premières pour entretenir les orgies capitalistes du bloc occidental, allait subir les nouvelles règles impérialistes. Désormais seul capitaine à bord du bateau monde, les Etats-Unis par le canal de la France, son serviteur fidèle, devait imposer un modèle qui assure la perpétuation de la soumission des Etats africains au diktat de la pensée coloniale. Et le fétiche était tout trouvé : la démocratie ! C’est alors que les pays d’Afrique subsaharienne francophone allaient se voir pressés d’introduire cette « démocratie » au sens unique de leurs bourreaux, armés d’une nouvelle manipulation fatale, la bonne conscience de l’occident qui ne veut que le bien de l’Afrique. Une supercherie qui sera naïvement accueillie en triomphe par l’essentiel des populations africaines qui s’étaient une fois encore, laissées berner par les fausses bonnes intentions de l’occident qui ne faisait que s’employer à perpétuer son hégémonie vampirisante sur l’Afrique. Résultat des courses, l’euphorie du nouveau modèle adopté sans filtre et sous la menace allait conduire à des démocraties de forme, sans aucune substance. Mais qu’importe, l’occident avait trouvé son nouveau talisman pour faire chanter les dirigeants africains et garder leurs populations dans l’illusion d’une ère nouvelle de libertés et de droits de l’Homme. Les parodies de démocraties seront alors enfantées dans la douleur un peu partout en Afrique, les pays victimes s’étant mutés en champ d’expérimentation du tout nouvel outil de manipulation des masses.

 

 

Quel apport des partis d’opposition dans la vie politique à nos jours ?

 

Rendu en 2022, soit 32 ans après, il est de bon ton de dresser le bilan des démocraties importées en Afrique et d’évaluer le rôle de ses acteurs. S’il n’existe pas la moindre ambigüité concernant les incompétences notoires des pouvoirs en place pour résoudre les préoccupations basiques de leurs populations, nous sommes en droit de nous interroger sur le rôle des partis et leaders d’opposition quant à leur capacité à offrir l’alternance souhaitée.

L’immaturité politique des électeurs en Afrique s’exprimant davantage par des choix subjectifs plutôt que sur des bases objectives de contenus de programmes des candidats quand ils existent, la responsabilité de la qualité du débat politique incombe aux acteurs de la scène. Force est de constater que les dirigeants en place ont fait de leurs pays des propriétés privées organisées en castes qui s’accaparent tous les privilèges au détriment des populations qui croupissent dans une misère structurelle, et dans l’indifférence totale de ceux qui ont pourtant la charge d’y remédier. D’un autre côté, les opposants qui devraient susciter de l’espoir chez les populations désabusées manquent eux-mêmes cruellement d’inventivité politique et brillent par un déficit criard de crédibilité. Face à ce dilemme, l’avenir politique des pays africains interroge. Que valent nos opposants politiques ? Quel crédit peut-on leur accorder quand ils se révèlent eux-mêmes être happés par la seule ivresse du pouvoir et que leurs programmes politiques ou ce qui en tient lieu se résume en la formule du « c’est notre tour ? ». Tel un libellé standardisé, tous les opposants en Afrique promettent de combattre la corruption, les détournements de fonds, le chômage et l’injustice, mais tout cela sonne creux comme tout slogan de campagne. Les partis d’opposition sont attendus sur des questions plus concrètes qui engagent aussi bien l’avenir de leurs pays que celui du continent. Combien d’opposants et autres candidats aux présidentielles en Afrique évoquent sans ambigüité la question de l’asservissement monétaire des pays de la zone franc CFA ? Combien se prononcent ouvertement sur la question des objets cultuels et culturels pillés en Afrique pendant la colonisation et présents par dizaines de milliers dans les musées occidentaux ? Où sont les leaders d’opposition en Afrique qui demandent des comptes à la France pour la multitude de ses crimes en Afrique et l’absolue nécessité de déclassification des documents historiques y afférents ? Lequel des partis d’opposition en Afrique pose clairement la question essentielle de la décolonisation de nos systèmes éducatifs, de nos législations et de nos procédures administratives ? Quel leader d’opposition africain s’est levé pour dénoncer la loi américaine inique voté le 28 avril dernier et qui prescrit la punition des pays africains qui entretiennent des relations avec la Russie ?

 

La véritable problématique des pays africains est celle de la souveraineté, qu’elle soit culturelle, économique ou politique. Tous les fléaux de nos sociétés sont des conséquences de la perte d’autonomie de nos pays dont les dirigeants se sont soumis au diktat de l’impérialisme occidental. Qu’il s’agisse des dirigeants au pouvoir ou des leaders des partis d’opposition qui aspirent à diriger nos pays, ils ne sont d’aucun intérêt pour l’Afrique tant que leurs préoccupations seront autres que celles de la souveraineté totale et inconditionnelle de nos Etats. En dehors de cet incontournable objectif, tout le reste n’est que distraction et folklore. Nos acteurs politiques sont des artistes de la démagogie et de la manipulation des masses à des fins personnelles. Ils font allègrement le jeu de la soumission perpétuelle de l’Afrique à l’occident pour préserver leurs privilèges égoïstes. Ils simulent de l’empathie pour le peuple dont ils se moquent pourtant royalement. Aucune promesse de changement ne peut faire sens tant que la souveraineté de nos Etats n’est pas au cœur des préoccupations. Sans ce préalable, tous les beaux discours de développement économique, de plein emploi, de croissance, de justice, d’éducation, de paix et de santé ne sont que balivernes.

 

Mais le peuple ne peut pas indéfiniment se laisser berner aussi bien par les dirigeants voraces que par les opposants assoiffés de régner à leur tour. Comment peut-on accorder le moindre crédit à des candidats à une présidentielle qui assument de se faire adouber par Paris ou Washington en guise d’allégeance ? Comment espérer une quelconque souveraineté quand des candidats à une présidentielle en Afrique invite la communauté dite internationale à trancher des affaires internes ? Les populations africaines méritent beaucoup mieux que les dirigeants et opposants qu’elles subissent depuis 1990. On est en droit de conclure que les derniers véritables patriotes en Afrique remontent à l’époque des luttes d’indépendances, à quelques rares exceptions près. Depuis une trentaine d’années, nos acteurs politiques issus des simulacres de démocraties sont de simples marionnettes en quête de reconnaissance personnelle et prêtes à toutes sortes de compromissions pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Ne perdons pas de vue que depuis 1990, la France tient en laisse aussi bien les chefs d’Etats africains qu’elle s’assure de contrôler, que les opposants de façade qu’elle aura formés et formatés dans l’ombre pour garder les populations dans l’illusion du jeu démocratique. Du fait de ce système mafieux, les électeurs en Afrique qui rêvent d’alternance politique se trouvent ainsi piégés, car, quels que soient leurs votes, le représentant de l’opposition comme celui du pouvoir en place sont tous à la solde de la France et de son mandant Etasunien. L’une des formules plébiscitée par la France dans ses vicieuses manigances pour garantir la préservation de ses intérêts en Afrique est l’organisation d’une succession de père en fils à la tête de nos Etats, tel qu’on a déjà pu l’observer dans certains pays.

 

Ce dont l’Afrique a besoin, c’est de leaders qui prennent fait et cause pour leurs peuples. Ce que nous observons du paysage politique en Afrique depuis les persécutions et assassinats des véritables patriotes pendant les luttes d’indépendance, c’est des hommes et des femmes politiques conformistes, sans âme et sans vision. Ce sont des opportunistes dont la vocation première des partis politiques est le chantage pour obtenir leur part du plus offrant. Ils se moquent royalement des préoccupations des populations dont ils prétendent défendre les intérêts. Et quand ces politiques carriéristes ont de véritables ambitions présidentielles, ils se jouent encore du peuple en surfant sur ses souffrances pour se construire une légitimité. Le Sénégal qu’on nous a vanté comme un modèle de démocratie montre aujourd’hui que la succession pacifique au sommet de l’Etat, y compris par les urnes, n’est pas un signe de vitalité démocratique, mais peut dissimuler un jeu de chaises musicales savamment orchestré sur fond d’arrangement entre petits copains. Pour preuve, la toute première fois qu’un candidat souverainiste qui ne dissimule pas sa volonté d’en découdre avec l’impérialisme français émerge sur la scène politique sénégalaise, les apparences éphémères de démocratie exemplaire s’estompent lamentablement.

 

Que tous les chefs d’Etats et leaders d’opposition en Afrique notent dans leur intérêt que l’Afrique du 21e siècle n’est pas celle des années 1960 ni des années 1990. La jeunesse africaine actuelle est lucide, aguerrie et prête à en découdre avec tout système qui tentera de perpétuer le néocolonialisme au service de l’impérialisme occidental et au détriment de sa dignité. Aux politiques africains d’effectuer à présent un choix clair, entre continuer de servir leurs maîtres occidentaux et préserver leur confort personnel, ou arracher leur souveraineté et se mettre enfin au service de leurs populations. A compter de cette date, aucune indulgence ne sera accordée, et aucun dérapage de nos dirigeants dociles ne sera plus toléré. Le peuple finira par avoir le dernier mot. Chers dirigeants africains, il est encore temps de choisir le bon côté de l’histoire.

 

 

Paul ELLA.

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