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Multinationales, produits importés et perversion de l’économie locale

Consommation privilégiée de produits importés, sous-traitance et externalisation complète, parts de marchés prioritairement confiées aux entreprises à capitaux étrangers au détriment des entreprises locales, avec pour conséquences la mort lente mais certaine de nos entreprises et petits producteurs, et plus globalement, la servitude économique perpétuée du fait d’une industrialisation à jamais compromise. Le Cameroun ne peut plus continuer dans cette spirale d’autodestruction.

Mettre fin au cercle vicieux

Avec ses centaines de milliards de francs CFA d’importation de denrées alimentaires chaque année, ses importations massives de produits manufacturés, y compris de ceux nécessitant le plus simple dispositif industriel tels que les cure-dents, ses millions de terres arables inexploitées et de plus en plus bradées aux chinois, son favoritisme économique à l’endroit d’investisseurs étrangers pour des compétences existantes localement, sa faible couverture énergétique de ses besoins d’industrie pour un potentiel hydroélectrique classé 3e d’Afrique, le Cameroun continue de faire étalage de ses contradictions économiques entre potentiels et réalités. D’où viennent ces antagonismes ? D’une timide volonté politique et d’une complaisance dans le confort éphémère de l’inaction. Les coupables ? Aussi bien les gouvernants que les peuples.
Au-delà des contraintes macroéconomiques dont les solutions sont sujettes à démarches plus élaborées telles que l’asphyxie monétaire qui empêche une définition libre de notre politique économique, il existe tout de même des actions intermédiaires fortes, qui permettraient d’amorcer une voie de sortie.

Le rôle prépondérant de l’Etat

Au niveau de l’Etat, la manifestation de la volonté politique consisterait à passer par une refonte du système éducatif, afin de créer une adéquation entre les contenus académiques et la structure de notre économie, basée principalement sur le secteur primaire comme potentiel majeur. Cette mesure permettrait de développer des compétences prioritairement tournées vers les métiers liés à nos ressources du sol et du sous-sol. On orientera alors moins nos jeunes vers des formations de gestionnaires et de fonctionnaires tel qu’on l’observe actuellement, ce qui a pour conséquence d’accumuler une pléthore de profils inadéquats aux besoins de notre économie et donc un taux de chômage élevé, tandis que les compétences les plus appropriées à notre réalité économique sont importées et les services externalisés. Les métiers de gestion sont récents en Occident et en Asie, parce que leurs pays, depuis la révolution industrielle du 19e siècle, se sont suffisamment industrialisés et ont atteint un volume critique de création de richesses qui nécessitait qu’elles soient gérées, d’où l’avènement plus ou moins récent des filières telles que le Management, le Contrôle de Gestion, l’Audit, les Ressources Humaines et autres. Par mimétisme, les africains se sont engouffrés dans la création d’écoles
prétendument professionnelles, mais qui, en réalité, forment des chômeurs en puissance, qui ne peuvent gérer des richesses qui n’existent pas. Voilà pourquoi le Cameroun et la plupart des pays d’Afrique subsaharienne se résolvent à vendre leurs matières premières brutes, sans valeur ajoutée, et à importer systématiquement tout.
L’autre aspect éducatif à reconsidérer dans nos écoles, c’est la dimension culturelle. La pollution mentale, source de toutes sortes de complexes injustifiés chez les africains, proviennent des mensonges séculaires des livres scolaires. Le travail d’aliénation commence sur les bancs de l’école, pour que l’africain, dès sa plus tendre enfance, adule l’Occident et dénigre l’Afrique en considérant son frère comme son premier ennemi. Notre système éducatif souffre d’être une pâle copie du système français et occidental, un vestige colonial dont il faut se débarrasser au plus vite. C’est un impératif catégorique. Toute cette machination coloniale doit être déconstruite, et seuls des gouvernements courageux et épris de l’Afrique peuvent y songer. Après avoir calqué nos priorités académiques sur notre potentiel économique spécifique et nos valeurs culturelles originelles, l’Etat doit résoudre le problème énergétique, car il n’y a pas d’industrialisation sans énergie. Une fois le déficit énergétique comblé, l’industrialisation peut commencer par la définition des axes prioritaires.
Parallèlement à tout ceci, l’Etat a le devoir de protéger ses entreprises locales et notamment les PME, qui représentent 99% de notre tissu économique, mais qui font face à toutes sortes de péripéties causant leur fébrilité et leur mort précoce, alors qu’elles pourvoient à plus de 73% des emplois au Cameroun et contribuent à près de 36% du PIB, secteur informel non compris, le reste étant le fait des multinationales qui, n’ayant aucune contrainte à investir au Cameroun, rapatrient l’essentiel de leurs bénéfices dans leurs pays d’origine. A l’instar du « Small Business Act », créé par le Gouvernement des Etats-Unis en 1973 pour garantir aux PME américaines des parts de marchés dans tous les contrats, le Cameroun devrait mettre sur pied une mesure similaire, à défaut d’avoir recours, sur une période définie, au protectionnisme pur et simple.

La responsabilité individuelle de chaque consommateur

Il est toujours facile de pointer un doigt accusateur sur nos dirigeants et se dédouaner de tout. Ces derniers ont une responsabilité prépondérante indubitable certes, et nous venons de l’évoquer. Mais l’attente de décisions illuminées qui viendront bouger toutes les lignes est un leurre. Chaque camerounais peut, à son niveau, commencer une chose simple : consommer local. Personne ne viendra vous demander de vous justifier sur vos habitudes de consommation ou vos lieux d’approvisionnements. Pour consommer ce que vous voulez et où vous voulez, pas besoin non plus d’une autorisation de votre Gouvernement. Et le prétexte du déficit de qualité à l’avantage des produits importés est fallacieux, car, lorsqu’on est en guerre pour sa liberté économique, on consent à des sacrifices. Quoiqu’il arrive, consommons d’abord local.
La vérité des habitudes de consommation des africains subsahariens et des camerounais en particulier, c’est le complexe. Ça fait évolué de consommer occidental, de maîtriser les noms des grands vins, des recettes, des couturiers et tout ce qui vient d’ailleurs, ou encore de fréquenter les grandes surfaces commerciales aux enseignes importées qui confirmeraient
notre ascension sociale. Nos habitudes de consommation sont trop souvent conséquentes à notre aliénation culturelle, souvent inconsciente. Mais au-delà de l’obsession des apparences, les conséquences sont bien plus néfastes et profondes à une échelle nationale et même continentale, puisque nos économies paient le lourd tribut de nos infidélités commerciales.
Quelle est l’origine de nos mobiliers de maison ou de bureau ? Avons-nous privilégié le menuisier local ou est-ce que nous nous gargarisons de les avoir importés d’Italie ou de Suède ? Même nos dirigeants qui prônent la consommation locale ont tous des équipements importés et consomment prioritairement étranger. Il n’y a qu’à observer les grandes surfaces qu’ils fréquentent et les produits qu’ils consomment en priorité. Nous sommes victimes des sirènes de la culture étrangère que les messages subliminaux des médias propagandistes nous distillent à longueur de vie. Telles des caisses de résonnance, nous absorbons tous les déchets commerciaux et culturels en contradiction parfaite avec nos valeurs traditionnelles. Dans ces conditions, les discours politiques sur l’émergence, ne sont que des slogans creux.
En consommant local à un niveau individuel, nous contribuons à la mise en place du cercle vertueux de notre économie. En effet, c’est la demande qui déclenche la production par la création d’un volume significatif de besoins, donc d’un marché. La production suggère la consommation par les entreprises et les ménages, qui a leur tour dépensent leurs revenus et épargnent l’excédent auquel s’ajoute le crédit pour permettre l’investissement. L’investissement permet ensuite la création d’entreprises génératrices d’emplois et de revenus synonymes de pouvoir d’achat qui à leur tour contribueront à la formation du Produit Intérieur Brut qui permettra la relance le cycle.

La problématique des multinationales

Les multinationales au Cameroun, comme ailleurs en Afrique subsaharienne, sont en terrain conquis. Nos dirigeants sont les premiers à leurs dérouler le tapis rouge à leur arrivée. Telles des négriers des temps modernes, elles paient nos compatriotes au lance-pierres, mais qu’importe, elles sont à l’abri de tout. Nos autorités les vénèrent et leurs ont donné un blancseing. Tout s’est décidé dans des deals mafieux en amont. Combien paient convenablement leurs impôts et taxes ? Très peu. Ces entreprises internationales maîtrisent mieux qu’aucun camerounais tous les rouages de la pègre locale et bénéficient de tous les passe-droits. Pourtant, pour les raisons évoquées supra, les multinationales en Afrique et au Cameroun réalisent des chiffres d’affaires et des marges plus que confortables, tous secteurs d’activités confondus, sans véritable retour d’ascenseur. Produits de qualité ou pas, les marques et surfaces étrangères attirent les camerounais en mal de reconnaissance sociale.
Certains secteurs d’activité au Cameroun sont sous la coupole exclusive des multinationales. C’est le cas des industries notamment, avec la cimenterie qui, pendant des décennies était monopolisée par Cimencam, filiale du groupe Lafarge, aujourd’hui Lafarge-Holcim, qui partagent désormais le marché camerounais avec le nigérian Dangote, le marocain Cimaf et le turc Medecm.
Les chiffres témoignent à suffisance des aises de rentabilité de ces multinationales chez nous, en dépit de la qualité plus qu’approximative des services. De l’agroalimentaire à la téléphonie mobile en passant par la banque et les brasseries, le Cameroun est une terre fertile pour la
prospérité des multinationales. Voici, pris sur le volet, quelques chiffres éloquents. Céréalis, le négociant français de céréales, réalise 20 % de son chiffre d’affaires au Cameroun. La Banque Internationale du Cameroun pour l’Epargne et le Crédit (BICEC) a engrangé en 2016 un chiffre d’affaires de 719 milliards FCFA, tandis que la filiale camerounaise du groupe bancaire Société Générale réalisait un produit net bancaire de 67,9 milliards de francs CFA en 2018, sans oublier le nigérian UBA Cameroun qui était la plus rentable des 10 filiales du groupe en Afrique francophone au 1er semestre 2017. Dans le secteur de la téléphonie mobile, les deux géants se partagent toujours le podium avec 218,7 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires en 2019 pour MTN Cameroon et 194,8 milliards pour Orange Cameroun en 2018. Ces deux mastodontes capitalisent à eux seuls plus de 16 millions d’abonnés, au grand dam des locaux que sont Camtel et désormais Nexttel. Dans le domaine des vins et spiritueux, le Cameroun a conservé en 2018 son rang de 6e pays consommateur de champagne en Afrique après la République Démocratique du Congo, avec 156 212 bouteilles de champagne de 75 Cl importées, pour un montant de 2,7 milliards de FCFA ! Que dire des multinationales comme celles de Bolloré avec CanalSat qui a investi quasiment tous les domiciles et les bureaux camerounais et africains ? Réveillons-nous !

Des solutions concrètes

Les investissements directs étrangers (IDE) au Cameroun sont une aubaine pour les multinationales qui bénéficient d’une main d’œuvre bon marché, s’approvisionnent localement en matières premières à moindres coûts, rapatrient leurs fonds sans nécessité de conversion grâce à la garantie illimitée de convertibilité du Franc CFA en Euro, sont privilégiées dans l’attribution des marchés locaux et dans les financements bancaires dominés par les capitaux étrangers. Face à cette déferlante au détriment de notre économie, un certain nombre de mesures s’imposent, dont, entre autres : l’imposition de transferts de technologies dans les contrats, la définition de quotas d’employés nationaux, y compris aux postes de direction, des grilles salariales avec des minima exigés, le réinvestissement au Cameroun d’un taux minimum des bénéfices réalisés chaque année, la consommation locale privilégiée à défaut d’un protectionnisme formel, favoriser les contrats Build, Operate and Transfer (BOT) qui offrent des conditions juridiques et financières avantageuses pour les deux parties. C’est notamment le modèle de partenariat public-privé pour lequel la Délégation Générale à la Sûreté Nationale camerounaise a opté dans son contrat de production des passeports, confié au consortium allemand INCM-AUGENTIC. Un exemple à suivre donc, pour un enclenchement du processus de désaliénation économique.

 

Par Paul Ella Expert-Financier Président Association African Revival

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