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Cryptomonnaies en Afrique: Une alternative au Franc CFA?

Depuis l’avènement du Bitcoin, à la faveur de la crise financière de 2008 qui exposait alors les limites du système financier traditionnel, le premier actif numérique adossé sur la technologie Blockchain ne cesse de susciter intérêts et questionnements. Depuis le 26 avril dernier que la République Centrafricaine a adopté cette « cryptomonnaie » comme officielle, après le Salvador en 2021, la question de l’avenir du franc CFA, plus que jamais décrié, fait débat.

Sombre avenir pour le franc CFA

Partagé par 14 pays répartis en zone CEMAC et UEMOA en plus des Comores, le franc CFA, originellement franc des colonies françaises d’Afrique, a été créé en 1945 pour servir de relais aux activités commerciales des multinationales françaises qui pouvaient ainsi rapatrier leurs revenus sans le moindre risque de change, grâce au principe de convertibilité illimitée. De ce point de vue, rien n’a changé, et les interrogations légitimes sur le maintien d’une telle monnaie en Afrique ne sauraient baisser d’intensité, 75 ans après sa création et 60 ans après ce qui a tenu lieu d’« indépendances ». Rappelons qu’après sa dépendance au franc français, le CFA est arrimé en parité fixe à l’euro depuis le 1er janvier 1999, ce qui constitue un frein pour les exportations et l’industrialisation, donc un handicap économique majeur à la création de richesses et d’emplois. De plus, les comptes d’opérations logés au Trésor Public français qui retiennent 50% (après avoir retenu 100%, puis 75%) des réserves de change, paralysent les économies des pays de cette zone monétaire, car privés des fruits de leur commerce extérieur. En l’absence de politiques monétaire et budgétaire autonomes, ils n’ont pas de politique économique propre, et toute idée de développement relève du fantasme.

L’alternative des « crytomonnaies »

De par leur usage orienté vers la réserve de valeur et la spéculation, plutôt que de monnaies, il s’agit davantage d’actifs bénéficiant de la décentralisation, de la désintermédiation, de la déréglementation et de la fiabilité théoriquement totale, du fait de la technologie qui les sous-tend. La problématique du franc CFA relevant de la souveraineté monétaire, les « cryptomonnaies » n’étant la propriété de personne et n’étant non plus créées par la volonté propre de ceux qui l’adoptent, elles ne sauraient constituer une alternative au sens du remplacement du Franc CFA. Au-delà de la décision politique, le statut de cours légal conféré au Bitcoin en Centrafrique, impliquant l’obligation pour les agents économiques de l’accepter comme moyen de paiement, demeure une fiction dans la réalité de l’activité économique quotidienne. Le cours récent indiquant 22 millions de francs CFA environ pour une unité de Bitcoin, mais aussi le faible taux de couverture internet en Centrafrique, ne présagent pas d’une substitution immédiate au Franc CFA. Le commerçant lambda centrafricain est donc encore loin de s’approprier le Bitcoin dans ses opérations journalières. Conscientes de cette réalité, les autorités centrafricaines indiquent, comme la loi votée, que l’adoption du Bitcoin comme monnaie légale servira prioritairement aux transferts diasporiques, au paiement des impôts, au règlement des prestataires institutionnels et aux transactions financières avec les partenaires d’affaires extérieurs.

Position de la BEAC et impacts sur la Région

La réaction de la BEAC par la voix de son Gouverneur ne s’est pas fait attendre. L’institution monétaire régionale s’inquiète des transactions en cryptomonnaie qui échapperont de fait à son contrôle. Mais derrière cette réticence prévisible, il faut voir la main de la France qui panique de se voir privée de la manne des réserves de change (plus de 3 600 milliards de francs CFA au 31 décembre 2020 pour la BEAC), tout comme du contrôle des flux financiers de la RCA avec ses autres partenaires. La plus grosse crainte de la BEAC reste évident le risque réel d’effet d’entraînement aux autres pays de la zone, ce qui la rendrait parfaitement inutile et ouvrirait inéluctablement la voie à la sortie pure et simple du Franc CFA. Pas étonnant, quand on sait que la BEAC et la BCEAO, qui dans les faits ne sont que de simples comptoirs du Trésor Public français, n’ont pas pour mission de préserver les intérêts des africains, mais ceux de la France. Les autorités de ces institutions dont les cadres sont grassement rémunérés pour faire le jeu de l’Hexagone sont bien dans leur rôle.

Enseignements et perspectives

Bien que les « cryptomonnaies » ne puissent constituer une alternative complète au Franc CFA en l’état actuel, elles constituent un canal privilégié pour s’affranchir du joug de cette monnaie coloniale qui est à l’origine d’un génocide économique en Afrique depuis près d’un siècle. Commencer par se défaire de la dépendance du système financier traditionnel pour des transactions internationales est une étape majeure dans le processus d’autonomisation monétaire. Le pas franchi par la RCA est capital, le Président Faustin-Archange Touadera est courageux et visionnaire, et les autres dirigeants de la CEMAC et même de l’UEMOA devraient suivre sans tarder pour libérer définitivement l’Afrique de l’oppression monétaire. Les oiseaux de mauvais augure qui promettent un échec à la RCA dans sa démarche vers la liberté sont soit de mauvaise foi, soit de connivence avec l’ennemi. La République Centrafricaine ne pouvant connaître pire dans son histoire que ce que lui a infligé la barbarie occidentale, elle ne peut désormais que cheminer vers des horizons radieux.

Paul ELLA,
Analyste Financier,
Directeur du Centre Africain de Recherche en Géostratégie
Email : [email protected]
Site web : www.african-revival.org

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